Vendredi Saint 2020

En ce vendredi saint, l’Église fait déjà silence : un silence de stupéfaction, car le Christ est mort. Un silence de contemplation, car le motif de sa mort c’est son amour. Un silence de fécondation, car Il repose en terre comme le grain qui commence déjà à germer …

Prenez de nouveau votre bible. Cette fois, cherchez l’Évangile selon saint Jean et lisez dans leur entier les chapitres 18 et 19.

Normalement, le vendredi saint il n’y a jamais de messe. Mais les chrétiens se réunissent à l’Église pour lire ce récit de saint Jean, puis en procession, chacun embrasse ou salue la Croix. Suit une grande prière d’intercession pour le monde. La liturgie se termine par le rite de la communion. Ensuite ? il n’y a plus d’hosties consacrées dans l’Église. Le tabernacle est vide. Jésus est mort, son corps repose en terre. Et une absence se ressent … absence ? dans l’attente du troisième jour où la pierre roulée laissera apparaître le tombeau vide.

 

Si, chez vous, vous avez, au mur ou sur une table, une croix, regardez là profondément. Pensez à l’amour du Christ pour vous. Si l’envie vous habite, vénérez la d’un baiser : embrassez Celui qui vous a tant aimés, aimés « jusque là ». Et placez votre croix dans un lieu où, jusqu’à demain, vous la rencontrerez. Devant elle, pensez à votre vie, à vos proches, aux conflits et aux épreuves qui sont les vôtres. Déposez-les sur le bois de la Croix.

Puis pensez aussi aux souffrances du monde : aux victimes de la pandémie, à ceux qui meurent seuls, à ceux qui ne peuvent entourer les proches à la mort, aux personnes vivant dans la rue, aux victimes de la guerre, aux immigrés …. Déposez ce poids aussi sur la Croix. Laissez le Christ le porter ….

En toi, Seigneur, j’ai mon refuge ;
garde-moi d’être humilié pour toujours.
En tes mains je remets mon esprit ;
tu me rachètes, Seigneur, Dieu de vérité.

 

Je suis la risée de mes adversaires
et même de mes voisins ;
je fais peur à mes amis,
s’ils me voient dans la rue, ils me fuient.

 

On m’ignore comme un mort oublié,
comme une chose qu’on jette.
J’entends les calomnies de la foule :
ils s’accordent pour m’ôter la vie.

 

Moi, je suis sûr de toi, Seigneur,
je dis : « Tu es mon Dieu ! »
Mes jours sont dans ta main : délivre-moi
des mains hostiles qui s’acharnent.

 

Sur ton serviteur, que s’illumine ta face ;
sauve-moi par ton amour.
Soyez forts, prenez courage,
vous tous qui espérez le Seigneur !

(Psaume 30)

Seigneur Jésus, dans cette prière nous contemplons ton visage

Tu as connu toi-même, la dérision, l’abandon de tous, y compris de tes plus proches, les Apôtres. Les douleurs physiques les plus aigües. Ton amour pour le Père et pour nous t’a conduit jusqu’à donner ta vie « en notre faveur » comme l’exprime la liturgie. Le psaume 30 de ce jour en est l’écho. Ton cri de douleur est terrible, aux versets 12 à14 :

Je suis la risée de mes adversaires
et même de mes voisins ;
je fais peur à mes amis,
s’ils me voient dans la rue, ils me fuient.

On m’ignore comme un mort oublié,
comme une chose qu’on jette.
J’entends les calomnies de la foule :
ils s’accordent pour m’ôter la vie.

Tu acceptes librement l’opprobre jusqu’à la haine des hommes. Cependant la douleur n’entame pas ton assurance. Elle est encadrée par la confiance inébranlable qui t’habite : « En toi, Seigneur, j’ai mon refuge ;… tu me rachètes, Seigneur, Dieu de vérité » (Ps 30, 2 et 6). Cette assurance est plus sûre que l’aurore, tu nous la redis au verset 15 : « Moi, je suis sûr de Toi, Seigneur, Je dis : ‘’ tu es mon Dieu ’’ ». Le troisième jour, tu ressusciteras, c’est la volonté de ton Père.

Alors oui, voici le témoignage et la Parole que tu laisses à ceux qui traversent la souffrance jusqu’à perdre espoir : « Soyez forts, prenez courage, vous tous qui espérez dans le Seigneur » (v. 25). Témoignage qui s’est imprimé à tout jamais sur le voile de Véronique.

Contemplons le visage de Celui qui nous a tant aimés qu’Il a donné sa vie pour nous. Et demandons qu’il se grave en nos cœurs au point de transparaître sur notre propre visage, comme il en a été pour Ste Véronique.

Aujourd’hui, les cris de douleur se lèvent des quatre coins du monde. Les ténèbres voudraient s’emparer des esprits. Tu nous redis, Seigneur, en cette Semaine Sainte, que Tu as pris en Ta propre chair cette souffrance pour l’offrir au Père et nous montrer à quel point Tu nous aimes. L’angoisse de tous les hommes étreignait Ton Cœur à l’heure de ton agonie, montrant quel prix nous avons à Tes yeux.

 

Lorsque nous nous tournons vers la Croix, nous est dépeint comme une nouvelle fois, l’abime de Ton amour. Que cet amour se grave si bien en nos cœurs, qu’il se reflète sur notre propre visage.

 

Alors, nous pourrons : « Être pour nos frères, la transparence de l’infinie tendresse de Dieu » P. MJ Le Guillou.

S’il vous reste un peu de temps, partagez cette prière du Pape François :

« Seigneur Jésus, notre regard se tourne vers toi, plein de honte, de repentir et d’espérance.

Devant ton amour suprême, nous sommes envahis par la honte de t’avoir laissé seul souffrir pour nos péchés:

la honte d’avoir fui devant l’épreuve, t’ayant pourtant dit mille fois: «même si tous t’abandonnent, moi je ne t’abandonnerai jamais»;

la honte d’avoir choisi Barabbas et pas toi, le pouvoir et pas toi, l’apparence et pas toi, le dieu argent et pas toi, la mondanité et non l’éternité;

la honte de t’avoir tenté par nos lèvres et par notre cœur, chaque fois que nous nous sommes retrouvés devant une épreuve, en te disant: «si tu es le messie, sauve-toi et nous croirons!»;

la honte parce que tant de personnes, et même certains de tes ministres, se sont laissés tromper par l’ambition et la vaine gloire, perdant leur dignité et leur premier amour;

la honte parce que nos générations laissent aux jeunes un monde fracturé par les divisions et par les guerres; un monde dévoré par l’égoïsme où les jeunes, les petits, les malades, les personnes âgées sont marginalisés;

la honte d’avoir perdu la honte;

Seigneur Jésus, donne-nous toujours la grâce de la sainte honte!

Notre regard est également plein d’un repentir qui, devant ton silence éloquent, supplie ta miséricorde:

le repentir qui jaillit de la certitude que toi seul peux nous guérir du mal, toi seul peux nous guérir de notre lèpre de haine, d’égoïsme, d’orgueil, d’avidité, de vengeance, de cupidité, d’idolâtrie, toi seul peux nous embrasser à nouveau en nous restituant notre dignité filiale et te réjouir de notre retour à la maison, à la vie;

le repentir qui découle de la conscience de notre petitesse, de notre néant, de notre vanité et qui se laisse caresser par ta douce et puissante invitation à la conversion;

le repentir de David qui, de l’abîme de sa misère, retrouve en toi son unique force;

le repentir qui naît de notre honte, qui naît de la certitude que notre cœur restera toujours inquiet jusqu’à ce qu’il te trouve, et, en toi, qu’il trouve son unique source de plénitude et de repos;

le repentir de Pierre qui, en rencontrant ton regard, a pleuré amèrement pour t’avoir renié devant les hommes.

Seigneur Jésus, donne-nous toujours la grâce du saint repentir!

Devant ta majesté suprême, s’allume, dans les ténèbres de notre désespoir, l’étincelle de l’espérance parce que nous savons que ta seule mesure pour nous aimer est de nous aimer sans mesure;

l’espérance parce que ton message continue à inspirer, aujourd’hui encore, tant de personnes et de peuples pour lesquels seul le bien peut vaincre le mal et la méchanceté, seul le pardon peut éliminer la rancœur et la vengeance, seul le baiser fraternel peut faire disparaître l’hostilité et la peur de l’autre;

l’espérance parce que ton sacrifice continue, aujourd’hui encore, à exhaler le parfum de l’amour divin qui caresse le cœur de nombreux jeunes qui continuent à te consacrer leur vie en devenant des exemples vivants de charité et de gratuité dans notre monde dévoré par la logique du profit et du gain facile;

l’espérance parce que de nombreux missionnaires, hommes et femmes, continuent, aujourd’hui encore, à défier la conscience endormie de l’humanité, en risquant leur vie pour te servir dans les pauvres, dans les personnes rejetées dans les immigrés, dans les invisibles, dans les exploités, dans les affamés et dans les détenus;

l’espérance parce que ton Eglise, sainte et composée de pécheurs, continue, aujourd’hui encore, malgré toutes les tentatives pour la discréditer, d’être une lumière qui éclaire, encourage, élève et témoigne de ton amour illimité pour l’humanité, un modèle d’altruisme, une arche de salut et une source de certitude et de vérité;

l’espérance parce que de ta croix, fruit de la cupidité et de la lâcheté de tant de docteurs de la Loi et d’hypocrites, a jailli la résurrection, transformant les ténèbres du tombeau en splendeur de l’aube du dimanche sans crépuscule, nous enseignant que ton amour est notre espérance.

Seigneur Jésus, donne-nous toujours la grâce de la sainte espérance!

Aide-nous, Fils de l’homme, à nous dépouiller de l’arrogance du larron placé à ta gauche et des myopes et des corrompus, qui ont vu en toi une occasion à exploiter, un condamné à critiquer, un vaincu dont se moquer, une autre occasion pour décharger sur les autres, y compris sur Dieu, leurs propres fautes.

Nous te demandons au contraire, Fils de Dieu, de nous identifier avec le bon larron qui t’a regardé avec des yeux pleins de honte, de repentir et d’espérance; qui, avec les yeux de la foi, a vu dans ta défaite apparente la victoire divine et s’est ainsi agenouillé devant ta miséricorde et, avec honnêteté a volé le paradis! Amen! »

Prière du Pape François au Colisée, 30 mars 2018, vendredi saint)