Jeudi Saint 2020

Vous n’avez peut-être pas l’habitude de vous rendre à l’Église le Jeudi saint. Cette célébration est en effet moins connue que celle des Rameaux, elle tombe aussi un jour où, habituellement, on travaille, et n’était pas habituellement proposée dans les paroisses avant le Concile Vatican II. Le confinement est une bonne occasion de découvrir, cette année, les richesses de cette liturgie !

Plusieurs évènements se rassemblent en ce jour :

L’institution de l’Eucharistie par Jésus = lire dans l’évangile selon saint Mathieu, chapitre 26, versets 26 à 29

Le lavement des pieds = lire dans l’évangile selon saint Jean (Saint Mathieu ne le raconte pas), chapitre 13, versets 1 à 16

L’agonie de Jésus à Gethsémani, et son arrestation = lire dans l’évangile selon saint Mathieu, chapitre 26, versets 36 à 56

 

En fait, en lisant le chapitre 26 de saint Mathieu, puis le 27, on peut suivre Jésus presque heure par heure. N’hésitez pas à lire le récit en entier, surtout si vous ne l’avez jamais fait. Prenez la main de saint Mathieu et, avec lui, allez à la rencontre de Jésus. Ceci étant fait vous verrez que le déroulement des liturgies du Jeudi saint, puis du vendredi, vous paraitra très clair et complet.

Mais attention : il ne s’agit pas de commémorer ce que Jésus a vécu en repassant, comme au théâtre, les faits marquants de ses derniers jours. Le prêtre ne fait pas « semblant » de laver les pieds de 12 disciples, ni semblant de se rendre dans un lieu extérieur figurant Gethsémani. Nous accompagnons réellement Jésus dans le don suprême de sa vie. Nous sommes rendus contemporains de la Croix.

 

Alors, dans ce contexte, comme il est étonnant le psaume que nous propose l’Église :

Comment rendrai-je au Seigneur

tout le bien qu’il m’a fait ?

J’élèverai la coupe du salut,

j’invoquerai le nom du Seigneur.

 

Il en coûte au Seigneur

de voir mourir les siens !

Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur,

moi, dont tu brisas les chaînes ?

 

Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce,

J’invoquerai le nom du Seigneur.

Je tiendrai mes promesses au Seigneur,

oui, devant tout son peuple.

 

(psaume 115)

Écoutons-le d’abord dit par Jésus :

C’est dans l’action de grâce que Jésus, au soir du jeudi saint, « élève la coupe », celle de l’Eucharistie, celle de son corps et de son sang. Avec angoisse, certes, mais aussi avec désir, pour nous sauver, parce qu’il nous aime. En écho, résonne ce verset de saint Luc : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » (Luc 12,49)

Cela « lui en coûte », jusqu’à la sueur de sang, les coups, les insultes, la croix … mais il ne recule pas. Et « il en coûte » aussi au Père, de voir « mourir son Fils »

Mais cela n’arrête pas Jésus. Il « offre « le sacrifice d’action de grâce » jusqu’au bout. « Il n’y a pas de plus grand amour que celui-ci : donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jean 15,13)

 

Puis, faisons une seconde lecture, où le psaume est dit par nous :

Dans un court verset, saint Paul s’exclame : « Il m’a aimé et s’est livré pour moi ! » (Galates 2,20) Oui, pour moi !  Laissez-vous toucher par ce cri, et dites-le pour vous-même … Dès lors, « Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ? »

En ce temps d’épidémie, n’hésitez pas aussi à dire au Seigneur la seconde strophe : car « il lui en coûte » de nous voir souffrir, de voir mourir seuls des malades, … et tout cela, toute cette détresse, toute cette souffrance, il les prend sur lui, il le porte sur la croix. Alors, disons lui : Merci ! « J’offrirai le sacrifice d’action de grâce » pour ce jeune homme qui fait les courses de sa voisine âgée, pour ce médecin dévoué sans compter, pour tel geste d’amitié, telle main tendue …

 

Seigneur, Tu n’as été qu’action de grâce au Père. Par l’offrande totale de Toi-même, Tu nous montres le plus grand amour. Tu nous as arrachés à la mort pour nous faire vivre de Ta Vie. Et Tu nous demandes de perpétuer ce mémorial.

Nous Te prions pour les prêtres. Renouvelle en ce jour les grâces sacerdotales que Tu as déposées en eux. Donne aux fidèles que nous sommes reconnaissance et gratitude pour leur don quotidien. Permets-nous d’accueillir toujours plus profondément Ta propre vie à travers les sacrements qu’ils nous dispensent.

Et joignons nos voix à celle du Pape François s’adressant aux prêtres :

 

« Merci pour la joie avec laquelle vous avez su donner votre vie, révélant un cœur… chaque jour élargi par l’amour de Dieu et de son peuple… car « éternelle est sa miséricorde. »

S’il vous reste du temps, vous pouvez prolonger votre lecture par ce texte du Pape François :

 « Nous avons entendu ce qu’a fait Jésus. C’est intéressant. L’Evangile dit: «Jésus sachant que le Père avait remis tout entre ses mains», c’est-à-dire que Jésus avait tout le pouvoir, tout. Puis, il commence à faire ce geste de laver les pieds. C’est un geste que faisaient les esclaves à cette époque, parce qu’il n’y avait pas de goudron sur les routes et quand les gens arrivaient, ils avaient de la poussière sur les pieds: quand ils arrivaient dans une maison pour une visite ou un repas, il y avait les esclaves qui lavaient les pieds. Et Jésus fait ce geste: il lave les pieds. Il accomplit un geste d’esclave: Lui, qui avait tout le pouvoir. Lui, qui était le Seigneur, il fait ce geste d’esclave. Puis, il conseille à tous: «Faites ce geste également parmi vous». C’est-à-dire servez-vous les uns les autres, soyez frères dans le service, pas dans l’ambition, comme ceux qui dominent les autres, non, soyez frères dans le service. Tu as besoin de quelque chose, d’un service? Je te le rends. Voilà la fraternité. La fraternité est humble, toujours: elle est au service. Et moi j’accomplirai ce geste — l’Eglise veut que l’évêque l’accomplisse tous les ans, une fois par an, au moins le Jeudi Saint — pour imiter le geste de Jésus et aussi pour faire du bien à travers l’exemple également à soi-même, parce que l’évêque n’est pas le plus important, mais il doit être le plus serviteur. Et chacun de nous doit être le serviteur des autres.

Telle est la règle de Jésus et la règle de l’Evangile: la règle du service, pas de la domination, de faire du mal, d’humilier les autres. Service! Un jour, alors que les apôtres se disputaient entre eux pour savoir «qui est le plus important parmi nous», Jésus prit un enfant et dit: «L’enfant. Si votre cœur n’est pas un cœur d’enfant, vous ne serez pas mes disciples». Cœur d’enfant, simple, humble, mais serviteur. Et là, il ajoute une chose intéressant que nous pouvons relier à ce geste d’aujourd’hui. Il dit: «Soyez attentifs: les chefs des nations dominent, mais entre vous, il ne doit pas en être ainsi. Le plus grand doit servir le plus petit. Qui se sent le plus grand doit être serviteur». Nous tous également, nous devons être serviteurs. Il est vrai que dans la vie, il y a des problèmes: nous nous disputons entre nous… Mais cela doit être quelque chose qui passe, quelque chose de passager, parce que dans notre cœur, il doit y avoir toujours cet amour de servir l’autre, d’être au service de l’autre.

Et que ce geste que je ferai aujourd’hui soit pour nous tous un geste qui nous aide à être davantage serviteurs les uns des autres, davantage amis, davantage frères dans le service. Avec ces sentiments, continuons la célébration du lavement des pieds. »

(du Pape François, 18 avril 2019, Jeudi Saint)